
« J’écoute de tout; j’écoute du jazz, du house, j’écoute tout. »
- Skeme
Entrevue : DJ Skeme Richards
Québec B-Boys - D’où viens-tu et comment en es-tu devenu à mixer dans les jams de bboying?
Skeme - Mon nom est DJ Skeme Richards section 31 Rocksteady Crew. Je suis de Philadelphie, 215 Ill-a-delph. J’ai commencé à mixer dans les jams de bboying et « spinner » les breaks en 1981 lorsque j’ai commencé à être DJ et, vous savez, c’était la musique du temps, il n’y avait que des breaks, les breaks classiques, c’était ce qui se passait alors en tant que DJ, c’était le genre de musique qu’on jouait. Alors c’était une progression naturelle pour cette musique de m’attirer et me voilà maintenant en 2011 et je pratique toujours.
Québec B-Boys - Comment trouves-tu ta musique?
Skeme -Tu sais, chercher est toujours une tâche majeure du DJing, je suis constamment dans les magasins de vinyls, je suis constamment à des concerts, je suis toujours à l’écoute de ce qui joue, les différents groupes et artistes. Lorsque je visite les magasins de musique, je recherche toujours et trouve qui sont mes groupes et chanteurs favoris et je recherche dans leurs catalogues pour voir ce qu’il y aurait d’autre dans leur sélection. Évidemment, en tant que DJ, tu connais toujours d’autres DJ qui ont les mêmes goûts que toi et qui te partagent des sons que tu n’aurais pas entendu : différents genres, différents artistes. C’est une question de réseau, tu découvres des trucs par toi-même, quelqu’un te recommande quelque chose qui t’amène à quelque chose d’autre qui t’accroche et que tu pourrais probablement utiliser dans un jam de bboying ou simplement écouter à la maison à un autre moment.
« Par contre, pour les DJs de « break beats », ce n’est pas à propos de l’amour de la musique, c’est simplement d’avoir le nouveau morceau [...]«
- Skeme
Québec B-Boys - Est-ce qu’il y a beaucoup de partage de musique entre DJs?
Skeme - Oui! Le secret est et a toujours été la priorité numéro un dans le Hip-Hop. Dans la scène des « break beats », oui, le secret est de mise. Il n’y a pas vraiment de partage à moins d’avoir une situation d’échanges communs avec certains DJs qui te font connaître des chansons et que tu sais que tu peux toujours leur rendre la pareille. Je ne partage pas vraiment avec les autres DJs, spécialement dans une ère numérique où tout le monde peut savoir ce que tu utilises. Je ne partage pas non plus avec les DJs qui ne font pas de « break beats ». C’est toujours « Qu’est-ce que c’est? », « Oh c’est ceci » car je sais qu’ils iront chercher l’album. Ils ont l’amour de la musique. Par contre, pour les DJs de « break beats », ce n’est pas à propos de l’amour de la musique, c’est simplement d’avoir le nouveau morceau à un moment particulier et tu dis « Oh, je l’ai! » mais tu ne l’as pas vraiment. Tu as un MP3 alors je ne partage pas avec les DJ de « break beats ».
Québec B-Boys - Quel genre de musique écoutes-tu autre que les « breaks »?
Skeme - J’écoute de tout; j’écoute du jazz, du house, j’écoute tout. Une chose que j’aime vraiment sont les trames sonores des années 60 et 70. Tous les genres de trames des films de guerres, de « blaxplotation », de kung-fu, à pleins d’autres genres différents, de suspense et western comme tous les films de Clint Eastwood, j’aime vraiment les trames sonores. Lorsque je suis à la maison, c’est la musique de fond qui m’accompagne dans ma journée ou quoique ce soit que je fais.
« [...] personne ne partage vraiment les connaissances et je crois que c’est ce qui manque présentement. »
- Skeme
Québec B-Boys - Que crois-tu qui manque le plus dans la scène du bboying actuellement?
Skeme - L’éducation et la connaissance. Il y a un gros manque de connaissance actuellement dans la communaut de bboying. Elle ne s’élève pas à un niveau mature. Elle est stagnante, tout le monde fait ce qui se passe actuellement et rien ne grandit. Les gens ne sont pas plus mature, la scène ne devient pas plus mature, ça reste pareil. Il y a quand même des personnes qui sont prospères et puis il y a des gens au milieu et des gens en bas mais personne ne partage vraiment les connaissances et je crois que c’est ce qui manque présentement.
« [...] DJs n’ont pas fait leurs devoirs et n’ont pas reçu le mémo que tout était à propos de l’originalité [...] ça fait mal paraître la scène [...]«
- Skeme
Québec B-Boys - En ce qui concerne les DJs, quel problème crois-tu qu’on observe le plus chez eux?
Skeme - Le manque d’originalité. Les DJs n’ont pas d’originalité. Si on regarde les DJs dans la scène actuellement, on a 3 ou 4 DJs qui sont au sommet et puis vous avez une quinzaine d’autres qui ne sont qu’une copie des 3 ou 4. Cette quinzaine de DJs n’ont pas fait leurs devoirs et n’ont pas reçu le mémo que tout était à propos de l’originalité alors ces DJs sonnent comme les autres et ça fait mal paraître la scène. Ceux-là n’ont pas d’originalité.
Québec B-Boys - Aurais-tu des conseils pour ces DJs qui mixent à des jams?
Skeme - Oui! Faites vos devoirs avant de sortir de la maison. Apprenez à avoir votre propre son, apprenez ce qui vous sépare de tous les autres. C’est la clé de la longévité. Ayez votre propre son. Vous savez, vous ne serez jamais meilleur que l’original si vous êtes un clone. Vous ne serez jamais aussi fort et vous ne vous rendrez jamais aussi loin que l’original en étant un clone. Alors, trouvez votre propre son, trouvez votre musique, ne faites pas jouer mes mixes, ni ceux de Renegades ou de Lean, trouvez votre propre musique. Soyez original.
Québec B-Boys - Quelque chose à rajouter avant de terminer l’entrevue?
Skeme - Oui, j’aimerais simplement dire merci à tout le monde ici à Québec, j’adore. C’est plaisant! C’est ma première fois ici et la scène est rafraîchissante. C’est beau. C’est le genre de scène qui, d’ici quelques années, sera définitivement la prochaine scène, la prochaine scène canadienne qui ressortira et que les gens diront « Ok, que se passe-t-il là-bas? On doit connaître ce qui se passe là-bas. » Alors, dédicace à tout le monde, tous les bboys et les DJs à travers le monde, les graffeurs. Skeme Richards section 31 Rocksteady Crew.
